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Covid-19 et vaccin : la prise de décision dans un contexte d’incertitude

Auteurs : Amélie Clavé et Tiphaine Saltini

Accepteriez-vous de vous faire vacciner contre le Covid-19 avec le vaccin AstraZeneca ?

Vous avez peut-être eu cette conversation récemment avec vos amis ou votre famille. La réponse est loin d’être évidente…

En effet, on sait aujourd’hui qu’il y a un risque de thrombose (et peut-être d’autres maladies mortelles), mais nous n’avons pas assez de données pour connaître les probabilités. D’un autre côté, on sait qu’en moyenne près d’1% des personnes atteintes du premier variant du Covid-19 vont en décéder.

Selon de récents sondages, 71% des Français refuseraient de se faire vacciner par l’AstraZeneca (préférant ne pas être vaccinés du tout qu’accepter ce vaccin).

L’économie comportementale peut nous donner quelques pistes pour comprendre de tels comportements. 

Les deux situations – se faire vacciner avec l’AstraZeneca ou avoir le Covid-19 – sont incertaines, mais le niveau d’incertitude est plus élevé dans la première situation, où la probabilité qu’il y ait des complications reste inconnue. En économie comportementale, la première situation correspond à une situation d’ambiguïté alors que la seconde sera considérée comme une situation de risque.

La plupart des gens ne sont pas à l’aise dans des situations de risque, mais encore moins dans des situations d’ambiguïté ! Ils sont sujets à ce qu’on appelle un biais d’ambiguïté ou de familiarité.

Jouons à deux petits jeux pour essayer d’y voir plus clair dans la différence entre ces deux concepts !

Jeu n°1 :

Vous avez deux bols en face de vous, chacun contenant 10 boules, rouges ou vertes. Les boules rouges vous font gagner 100€ alors que les boules vertes vous font perdre 100€.

Le premier bol contient 5 boules de chaque couleur. Vous ne connaissez pas la proportion de boules vertes et rouges dans le second bol. Dans quel bol choisissez-vous de piocher ?

Jeu n°2 :

Vous avez toujours deux bols en face de vous. Le bol de gauche contient 5 boules rouges et 5 boules vertes, alors que le bol de droite contient une unique boule vert clair. Les couleurs verte et rouge ont les mêmes propriétés qu’au premier jeu et le vert clair ne vous fait rien gagner. Dans quel bol choisissez-vous de piocher ?

Dans le premier jeu, la majorité, et c’était peut-être votre cas aussi, choisit de piocher une boule dans le premier bol, préférant connaître précisément le risque qu’elle prend. En sciences cognitives, ce comportement est appelé l’aversion à l’ambiguïté. Ce biais correspond à l’idée que nous préférons les risques connus aux risques inconnus. C’est typiquement le cas avec la situation actuelle, où certains patients doivent choisir entre le vaccin AstraZeneca, avec une probabilité de complications inconnue, et courir le risque d’attraper le Covid-19, avec une probabilité de décès mieux estimée.

Le deuxième jeu nous donne une illustration d’un autre biais, que l’on confond souvent avec l’aversion à l’ambiguïté : l’aversion au risque. Face à deux options, l’une risquée et l’autre certaine, on a tendance à préférer ne prendre aucun risque – ce qui équivaut à tirer la boule vert clair dans ce cas, alors même que les deux options ont exactement le même gain moyen.

Ces deux biais ne sont pas nécessairement corrélés, certaines personnes peuvent être très intolérantes à l’ambiguïté et indifférentes au risque, et inversement !

Le premier jeu, illustrant l’aversion à l’ambiguïté, correspond à ce qu’on appelle le paradoxe d’Ellsberg. Développé en 1961 par Daniel Ellsberg, il a été mis en évidence pour remettre en cause l’hypothèse de rationalité supposée par les économistes classiques depuis deux siècles. Ce paradoxe a en effet permis de démontrer de manière inédite le fait que nous ne sommes pas toujours rationnels dans nos prises de décision. Et cette découverte a eu d’énormes répercussions puisqu’elle a ensuite donné naissance à un tout nouveau champ académique au sein de la finance, qui vise à intégrer les biais cognitifs et les émotions dans notre processus de prise de décision, pour mieux le comprendre et l’anticiper… La finance comportementale était née.

Pour aller plus loin :

Introduction à la finance comportementale

Biais cognitifs et prise de risque

Le paradoxe d’Allais ou les limites de la rationalité