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Introduction à la finance comportementale

L’objectif de l’économie comportementale est de modéliser et de quantifier les facteurs psychologiques qui peuvent affecter les décisions financières, tels que les émotions, les perceptions inexactes, et les biais cognitifs. 

Auteurs : Tiphaine Saltini, PDG de Neuroprofiler et Amélie Clavé, experte en sciences cognitives de Neuroprofiler

Êtes-vous un investisseur rationnel ?

Imaginons que vous pouvez gagner 50€ ou jouer à un jeu où vous avez une chance sur deux de gagner 100€ ou rien du tout. Que choisissez-vous ? La majorité choisira l’option sûre, préférant être certaine de repartir avec 50€ que prendre le risque de ne rien gagner.

Maintenant, imaginons que vous pouvez soit perdre 50€, soit jouer à un jeu où vous avez une chance sur deux de payer 100€ ou de ne rien payer. Que choisissez-vous ? Dans ce cas, à l’inverse, la majorité choisira l’option risquée, espérant ainsi éviter de perdre de l’argent.

Les deux paris ont exactement le même niveau de risque dans les deux cas. Qu’est-ce qui peut expliquer ces choix opposés ?

Une telle divergence par rapport à la rationalité mathématique est appelée un biais cognitif. Ce sont des approximations de notre cerveau, qui cherche à nous faire gagner du temps en se basant sur des situations que nous avons déjà rencontrées ou entendues, ce qui peut mener à des erreurs ou à une pensée irrationnelle.

Selon Daniel Kahneman, l’une des figures les plus influentes en économie comportementale, notre cerveau fonctionne grâce à deux systèmes distincts :

  • Un système 1, qui est rapide, inconscient, intuitif et ne demande aucun effort. Il repose sur des raccourcis mentaux et est sujet à des biais cognitifs.
  • Un système 2, qui est lent, délibératif et laborieux. Il est utilisé lorsque nous devons résoudre un problème mathématique complexe ou expliquer un concept difficile à un ami par exemple. 

Prenons quelques exemples pour illustrer ce concept de biais cognitif : nous sommes en moyenne deux fois plus sensibles aux pertes qu’aux gains. Comme dans notre premier exemple, nous prenons des risques pour éviter de perdre mais non pour gagner plus. Nous percevons également les probabilités de manière erronée : en moyenne, nous allons sous-estimer les probabilités fortes et surestimer les probabilités faibles – comme la chance de gagner au casino ou d’avoir un accident d’avion.

L’innovation majeure de l’économie comportementale est d’incorporer ces biais au sein des modèles économiques classiques.

De l’économie classique à l’économie comportementale

On retrace souvent la naissance de l’économie à la publication de La Richesse des Nations d’Adam Smith en 1776. A partir de ce moment, les économistes – qui seront plus tard appelés économistes classiques – ont cherché à créer des modèles pour comprendre les comportements des individus face aux décisions. 

Dans les années 1930, des économistes comme Samuelson ou Arrow créèrent un modèle mathématique cherchant à cerner la manière dont les consommateurs font leurs choix. Ils partirent du postulat que les investisseurs sont rationnels et centrés sur leur intérêt personnel, concept appelé Homo Oeconomicus. Si l’on revient au premier exemple donné en introduction, l’Homo Oeconomicus fera le même choix dans les deux cas. Soit il est tolérant au risque, et il choisira de parier dans les deux situations, ou il est averse au risque et prendra l’option certaine les deux fois. Le fait de parier dans un cas et de choisir l’option sûre dans l’autre serait vu comme irrationnel du point de vue de ces théories, et l’Homo Oeconomicus n’est pas irrationnel.

Toutefois, au milieu du 20ème siècle, des intellectuels tels Allais ou Ellsberg commencèrent à remettre en question des modèles classiques et en particulier ce postulat de rationalité. Ils prouvèrent, grâce à des expériences, que la plupart des investisseurs sont influencés par des émotions et des biais cognitifs, comme l’aversion à la perte, lorsqu’ils prennent des décisions financières.

Plus récemment, à la fin des années 1970, les psychologues Daniel Kahneman et Amos Tversky créèrent une nouvelle discipline croisant la psychologie et l’économie : l’économie comportementale. Ils furent récompensés pour leur travail par un Prix Nobel en économie en 2002, le premier à avoir été attribué à des psychologues et non des économistes.

Ils développèrent également une nouvelle théorie visant à intégrer les notions d’aversion à la perte et de distorsion des probabilités telles que décrites ci-dessus, au sein des modèles économiques classiques, appelée la théorie des perspectives.

C’est ainsi qu’est née la finance comportementale.